Aswath Damodaran alerte, un krach de l’IA pourrait dépasser

D'après The Decoder (20 juin 2026 à 14h26)

Résumé

Aswath Damodaran estime qu’un krach de l’IA serait plus douloureux que la bulle internet, en raison d’énormes investissements physiques financés par la dette et d’un modèle socialement explosif.

Les faits

Aswath Damodaran, professeur de finance à l’université de New York, prévient qu’un éventuel krach du secteur de l’intelligence artificielle pourrait être plus douloureux que l’éclatement de la bulle internet autour de 2000. Il souligne que, contrairement à cette époque dominée par des logiciels légers, l’IA repose aujourd’hui sur des « investissements massifs dans des infrastructures physiques » largement financés par la dette. Dans le podcast « Intangible Economy », Damodaran explique que cette dimension capitalistique change la nature du risque : en cas de correction, « les dommages ne pèseraient pas seulement sur les actionnaires », mais pourraient se diffuser à l’ensemble de la société. Il insiste aussi sur le fait que l’IA ne fonctionne pas comme un logiciel traditionnel, où les coûts tendent vers zéro avec l’augmentation du nombre d’utilisateurs. Chaque usage supplémentaire « brûle du calcul », ce qui fragilise les économies d’échelle. Pour illustrer ce point, il compare l’IA à Spotify, qui paie pour chaque écoute, plutôt qu’à Netflix, dont les coûts de contenu élevés sont amortis sur une base d’abonnés en croissance. Selon lui, une forte croissance combinée à de faibles marges pourrait « détruire de la valeur », d’autant que les marges sont déjà faibles et exposées à une érosion des prix face à des concurrents chinois comme Deepseek. Il met aussi en garde contre le scénario optimiste : si l’IA tient ses promesses, le modèle économique repose alors sur le remplacement de « emplois entiers », et non sur la vente d’outils. Damodaran évoque un scénario où « la moitié des travailleurs en col blanc » perdraient leur emploi si ces promesses se réalisaient, ce qu’il qualifie de « rêve fiévreux de l’IA ». Il estime que ces grandes histoires utilisées pour justifier l’IA, si elles deviennent réalité, « vont créer des coûts insensés pour la société » qu’il faut commencer à anticiper. Investisseur lui-même, il indique détenir cinq des sept valeurs dites « Magnificent Seven », dont Amazon qu’il possède par intermittence depuis 1997, mais affirme devoir désormais intégrer un changement fondamental de modèle chez ces groupes, en raison de leurs investissements massifs dans l’IA. Selon lui, ces entreprises historiquement « peu capitalistiques », qui pouvaient croître avec un minimum de dépenses d’investissement, construisent maintenant de « gigantesques usines et infrastructures » amorties sur dix ans, mais potentiellement obsolètes au bout de cinq. Il explique qu’il ne peut plus se contenter de suivre les marges et les nouvelles lignes d’activité : il doit aussi analyser les dépenses d’investissement et l’amortissement. « Je ne suis pas sûr qu’elles sachent vraiment dans quoi elles s’engagent », confie-t-il, résumant son scepticisme face à l’ampleur de la ruée actuelle vers l’IA.

Pourquoi c’est important

L’avertissement de Damodaran remet en cause le récit dominant d’une révolution de l’IA à faible risque financier et à rentabilité quasi automatique. En insistant sur le poids de l’infrastructure physique financée par la dette, il souligne que le pari actuel des grands groupes technologiques expose non seulement les actionnaires, mais aussi l’économie réelle à un choc potentiellement systémique en cas de retournement. Son analyse pointe également un dilemme de fond : le « meilleur » scénario économique pour l’IA, fondé sur le remplacement massif d’emplois, pourrait générer des « coûts insensés pour la société ». En questionnant la solidité des marges, la vulnérabilité à la concurrence chinoise et la possible obsolescence rapide d’actifs amortis sur le long terme, Damodaran invite investisseurs, régulateurs et décideurs publics à réévaluer la soutenabilité financière et sociale de la course actuelle à l’IA.

Questions fréquentes

Pourquoi Damodaran craint-il un krach de l’IA plus dur que la bulle internet ?

Parce que l’IA repose sur d’énormes infrastructures physiques financées par la dette, et non sur des logiciels légers, ce qui diffuserait les pertes dans toute la société.

En quoi le modèle économique de l’IA diffère-t-il du logiciel classique selon lui ?

Il estime que les coûts ne tendent pas vers zéro avec le nombre d’utilisateurs, car chaque usage consomme du calcul, comme Spotify qui paie chaque écoute.

Quel risque social évoque Damodaran si l’IA réussit ?

Il craint un modèle fondé sur le remplacement d’« emplois entiers », qui pourrait faire perdre leur poste à « la moitié des travailleurs en col blanc ».

Pourquoi parle-t-il de « rêve fiévreux de l’IA » ?

Il qualifie ainsi les grands récits qui justifient l’IA, en avertissant que, s’ils se réalisent, ils entraîneront des « coûts insensés pour la société ».

Comment l’IA change-t-elle l’analyse des grandes tech selon Damodaran ?

Il dit devoir désormais suivre de près les dépenses d’investissement et l’amortissement, ces groupes construisant de grandes infrastructures potentiellement vite obsolètes.

Source

The Decoder

Auteur

Rédaction IA-Medias

Rédaction spécialisée dans la veille et l'analyse de l'actualité de l'intelligence artificielle, des puces IA, des robots, des agents IA et de la recherche.