Avec « Magnifica Humanitas », le pape Leo XIV appelle à « désarmer » l’IA

D'après Ars Technica (25 mai 2026 à 23h07)

Résumé

Dans sa première encyclique « Magnifica Humanitas », publiée au Vatican, le pape Leo XIV appelle à « désarmer » l’intelligence artificielle afin de la libérer des logiques de domination et de l’orienter vers le bien commun. Il dénonce la collecte néocoloniale des données de santé et insiste sur la primauté irréductible de l’expérience humaine.

Les faits

Au Vatican, le pape Leo XIV a présenté sa première encyclique, « Magnifica Humanitas » (« Magnifique humanité »), un texte d’environ 40 000 mots qui appelle à « désarmer » l’intelligence artificielle au service du bien commun. Il assume la force de ce terme, expliquant avoir choisi le langage du « désarmement » pour trouver « des mots capables d’attirer l’attention, d’éveiller les consciences et d’indiquer des chemins pour l’humanité », afin de libérer l’IA de « logiques qui en font un instrument de domination, d’exclusion et de mort ». Le document propose une critique sans concession des armes autonomes dopées à l’IA, des attitudes néocoloniales dans la collecte de données et de l’accaparement de « nouvelles formes de propriété, telles que les brevets, les algorithmes, les plateformes numériques, les infrastructures technologiques et les données ». Leo XIV compare le pouvoir des élites technologiques à celui de conquérants coloniaux, décrivant « un nouvel état d’esprit d’extraction » qui vise les données de santé, profils épidémiologiques, cartes génétiques et informations démographiques, désormais considérés comme de nouvelles « terres rares » de pouvoir. Leo avertit que ceux qui contrôlent les données de santé de peuples entiers, souvent collectées « sous prétexte d’aide, de recherche ou d’innovation », disposent d’un levier structurel sur l’avenir, pouvant orienter besoins, marchés, investissements et protections. Il y voit « l’un des défis moraux les plus urgents de notre temps » : faire en sorte que ce savoir partagé devienne un authentique bien commun plutôt qu’un instrument de domination. À défaut, prévient-il, « l’ère numérique ne sera pas postcoloniale, mais coloniale sous une autre forme ». L’encyclique ne rejette pas l’IA comme outil : le Vatican a ainsi déployé un système s’appuyant sur l’IA pour traduire en temps réel les célébrations à Saint-Pierre dans 60 langues sur les smartphones. Mais le texte insiste pour remettre l’IA à sa juste place, rappelant que ces systèmes « n’imitent que certaines fonctions de l’intelligence humaine », ne possèdent ni corps, ni expérience vécue, ni conscience morale. Leo souligne que l’obsession pour l’« intelligence » risque d’éclipser d’autres dimensions humaines essentielles comme l’affection, la volonté, l’engagement et les relations, et affirme que le pouvoir technique isolé de la sagesse et des liens humains « ne nous rend pas plus capables ; il nous rend plus isolés et plus vulnérables à la domination et à l’exclusion ». Pour Leo XIV, l’IA doit donc être « désarmée », c’est-à-dire libérée du contrôle monopolistique, ouverte au débat et rendue « conviviale pour l’être humain », de manière à la « restituer à la pluralité des cultures et des modes de vie humains ». Il juge la seule régulation « insuffisante » et propose une forme de désarmement pensée comme un projet écologique large, qui replace l’IA dans le tissu de la culture humaine et l’oriente vers l’épanouissement de la personne plutôt que vers la guerre, le pouvoir monopolistique ou de nouvelles inégalités. Cette « civilisation de l’amour » qu’il appelle de ses vœux doit se construire par la somme de « petits et constants actes de fidélité » qui constituent un rempart contre la déshumanisation.

Pourquoi c’est important

En posant l’IA comme « res novae » de notre temps, Leo XIV actualise l’enseignement social de l’Église face aux technologies numériques et à la concentration de pouvoir qu’elles permettent. En dénonçant l’extraction massive de données de santé et leur usage pour façonner marchés, investissements et accès aux soins, il met au centre la question du contrôle de l’infrastructure informationnelle mondiale et des risques de nouvelles formes de colonialisme. L’appel à « désarmer » l’IA dépasse la seule logique réglementaire pour proposer un repositionnement culturel et politique de la technologie : l’IA doit être libérée des logiques de domination, soumise à un débat pluraliste et intégrée à un projet de « civilisation de l’amour » fondé sur le bien commun. Cette approche offre un cadre de réflexion structurant pour les décideurs publics, les acteurs technologiques et la société civile sur la manière de développer l’IA sans sacrifier la dignité humaine, la justice sociale et la diversité des cultures.

Questions fréquentes

Quel est l’objet principal de l’encyclique « Magnifica Humanitas » ?

Elle appelle à « désarmer » l’IA, en la libérant des logiques de domination, d’exclusion et de mort, et en la réorientant vers le bien commun et l’épanouissement humain.

Le Vatican rejette-t-il l’usage de l’intelligence artificielle ?

Non. L’encyclique reconnaît l’IA comme outil et rappelle que le Vatican a déployé un système pour traduire les célébrations à Saint-Pierre en 60 langues sur les smartphones.

Pourquoi le pape parle-t-il de néocolonialisme des données ?

Leo XIV décrit un « nouvel état d’esprit d’extraction » visant les données de santé et démographiques, qu’il qualifie de nouvelles « terres rares » de pouvoir permettant de façonner marchés et protections.

Que reproche l’encyclique à la focalisation sur l’« intelligence » de l’IA ?

Elle estime que cette focalisation peut occulter des dimensions humaines essentielles comme l’affection, la volonté, l’engagement et les relations, et isoler les individus tout en les rendant plus vulnérables à la domination.

Que signifie « désarmer » l’IA pour le pape Leo XIV ?

Cela signifie soustraire l’IA au contrôle monopolistique, l’ouvrir au débat, la rendre conviviale pour l’être humain et la replacer dans la pluralité des cultures et des modes de vie.

Source

Ars Technica

Auteur

Rédaction IA-Medias

Rédaction spécialisée dans la veille et l'analyse de l'actualité de l'intelligence artificielle, des puces IA, des robots, des agents IA et de la recherche.