Un marché gris chinois contourne les verrous d'Anthropic
D'après The Decoder (23 août 2026 à 09h48)
Résumé
En Chine, des « stations de transfert » permettent d’acheter des jetons Claude à environ 10 % du prix officiel, en contournant les contrôles d’accès renforcés d’Anthropic.
Les faits
Anthropic applique des contrôles d’accès particulièrement stricts pour les utilisateurs liés à la Chine, combinant géoblocage, vérification du numéro de téléphone, cartes bancaires étrangères, adresses de facturation et interdiction des sociétés détenues à plus de 50 % par des entités basées dans des régions non supportées comme la Chine. Pour certains utilisateurs, l’entreprise exige en outre une vérification d’identité avec pièce officielle et selfie en direct. Malgré ces dispositifs, un marché gris florissant permet aux développeurs chinois d’acheter des jetons Claude pour environ 10 % du prix officiel. La clé de ce contournement réside dans les « stations de transfert », des proxies API hébergés sur des serveurs situés hors de Chine. Ces intermédiaires reçoivent les requêtes, les transmettent comme si elles provenaient d’une localisation légitime, puis renvoient les réponses. Les utilisateurs paient en yuans via WeChat ou Alipay, sans recourir à un VPN ni à une carte bancaire étrangère. Ces services sont répertoriés dans des annuaires communautaires et classés selon leur prix et leur disponibilité. L’analyse de Zilan Qian décrit un écosystème organisé en chaîne d’approvisionnement modulaire. En amont, des courtiers de comptes procèdent à des inscriptions massives auprès d’Anthropic, des plateformes de SMS fournissent des numéros de téléphone étrangers, tandis que des spécialistes du reverse engineering décortiquent les méthodes de détection d’Anthropic. En aval, des développeurs, entreprises et revendeurs commercialisent l’accès aux modèles sur des plateformes d’e-commerce chinoises comme Taobao. Chaque acteur ne gère qu’un maillon ou deux, ce qui renforce la résilience du système : lorsqu’un fournisseur est banni, les pools de comptes en amont et la clientèle en aval restent opérationnels, permettant de remettre sur pied une station de transfert en quelques heures. Qian souligne que ces réseaux de proxies, généralement envisagés comme un problème de sécurité aux États-Unis, alimentent en réalité un vaste marché commercial d’accès à Claude en Chine. Elle estime que les clients incluent probablement des laboratoires d’IA chinois cherchant à distiller des modèles occidentaux plus puissants à partir de leurs sorties, mais aussi un public beaucoup plus large de étudiants, chercheurs, développeurs, employés du secteur technologique, entreprises, éditeurs d’applications et passionnés. Les nouvelles vérifications d’identité de type KYC introduites par Anthropic, avec exigence de selfie en direct et document d’identité, font déjà l’objet de contournements : des services d’IA génèrent de faux documents, des technologies de deepfake servent à tromper les contrôles biométriques, et lorsque ces ruses échouent, de vraies personnes dans des pays à bas revenus sont recrutées pour effectuer les vérifications.
Pourquoi c’est important
Cet écosystème de « stations de transfert » fragilise les contrôles d’exportation et les systèmes de sécurité mis en place autour des modèles d’Anthropic. En permettant un accès massif et à bas coût à Claude en Chine, il rend caducs certains des postulats de base de la gouvernance des modèles d’IA de pointe, notamment sur la capacité à restreindre géographiquement l’usage et à contrôler l’identité des utilisateurs. La perspective d’une distillation systématique de modèles occidentaux à partir de leurs sorties par des laboratoires chinois accroît par ailleurs les enjeux de concurrence technologique. L’analyse de Zilan Qian montre que le contournement n’est pas marginal, mais structuré sous la forme d’une chaîne d’approvisionnement modulaire, capable de se reconfigurer rapidement en cas de répression. Cette architecture rend les mesures classiques de blocage beaucoup moins efficaces. Qian met aussi en lumière l’usage combiné de faux documents générés par IA, de deepfakes et de travailleurs recrutés dans des pays à bas revenus pour passer les vérifications d’identité, ce qui ouvre un nouveau front dans la bataille autour de la fiabilité des systèmes KYC et des garde-fous biométriques.
Questions fréquentes
Comment Anthropic limite officiellement l’accès à Claude depuis la Chine ?
Anthropic combine géoblocage, vérification de téléphone, cartes bancaires et adresses étrangères, interdiction des sociétés détenues à plus de 50 % depuis des régions non supportées, et KYC avec selfie.
Que sont les « stations de transfert » utilisées en Chine ?
Ce sont des proxies API hébergés hors de Chine qui relaient les requêtes vers Claude comme si elles venaient d’une localisation légitime, puis renvoient les réponses aux utilisateurs.
À quel prix les développeurs chinois accèdent-ils aux jetons Claude ?
Selon l’analyse de Zilan Qian, certains développeurs peuvent acheter des jetons Claude pour environ 10 % du prix officiel via ces stations de transfert.
Qui utilise ces services de marché gris pour Claude ?
Qian cite des laboratoires d’IA chinois, mais aussi des étudiants, chercheurs, développeurs, employés du secteur tech, entreprises, éditeurs d’applications et amateurs.
Comment les contrôles d’identité type KYC sont-ils contournés ?
Des IA génèrent de faux documents, des deepfakes sont utilisés pour tromper les vérifications biométriques, et des personnes réelles sont recrutées dans des pays à bas revenus pour valider les identités.
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The DecoderAuteur
Rédaction IA-MediasRédaction spécialisée dans la veille et l'analyse de l'actualité de l'intelligence artificielle, des puces IA, des robots, des agents IA et de la recherche.