Les profs d'info réinventent leurs examens face aux IA

D'après The Decoder (26 juillet 2026 à 08h59)

Résumé

Une enquête mondiale auprès de 763 enseignants en informatique montre que l’IA bouleverse déjà cours et examens, poussant vers oral, projets et compréhension du code.

Les faits

Une task force de l’ACM consacrée à l’IA générative et à l’évaluation en programmation a interrogé 763 enseignants en informatique issus de 49 pays entre mai et octobre 2025, et analysé environ 500 questionnaires quasi complets. L’étude montre que 69 % d’entre eux estiment que l’intelligence artificielle a modifié les compétences requises pour le développement logiciel. Les outils d’IA de programmation comme ChatGPT et GitHub Copilot sont capables de résoudre des devoirs typiques de cours d’introduction, avec des performances proches de celles d’un étudiant moyen. Face à cela, 64 % des répondants déclarent avoir déjà modifié leur manière d’enseigner, en se déplaçant « loin de l’écriture de code à partir de zéro, vers la compréhension du code, le débogage et la résolution de problèmes ». Trente-neuf réponses mentionnent aussi l’enseignement explicite de l’usage de l’IA et du prompt engineering, certains enseignants démontrant les outils en classe pour en montrer les capacités et les limites. Les inquiétudes sont nettes : la principale concerne une dépendance croissante des étudiants à la technologie, citée par 87 % des répondants, suivie par les risques de triche et de plagiat, mentionnés par 72 %. Les changements dans l’évaluation sont encore plus marqués : 68 % des enseignants ont déjà ajusté leurs méthodes de contrôle des connaissances, avec notamment davantage d’examens en présentiel surveillés (56 mentions), une réduction du poids des devoirs à la maison (38), la montée des oraux et des séances de « défense de code » (36), des tests sur papier (35) et des évaluations par projet (34). Les politiques institutionnelles restent disparates : 45 % des répondants indiquent que leur établissement dispose de lignes directrices sur l’usage de l’IA, contre 39 % qui affirment l’inverse. Ces règles vont de l’interdiction pure et simple à l’autorisation, voire à l’encouragement, à condition que l’utilisation soit documentée. Certains enseignants exigent désormais que les étudiants déclarent leurs usages de l’IA et fournissent les journaux de leurs interactions avec ces outils. Le principal obstacle cité par 48 % des répondants est l’absence de bonnes pratiques éprouvées. Vingt-huit pour cent disent ne pas avoir suffisamment d’expertise en IA, tandis que 20 % ne voient pas la nécessité de l’intégrer à leur enseignement. En matière de formation professionnelle, 74 % souhaitent des modules sur les méthodes d’enseignement efficaces et 66 % demandent une aide pour repenser les dispositifs d’évaluation. « La clé est de former des diplômés compétents en programmation qui comprennent à la fois les capacités et les limites de l’IA », résume Steven Gordon, professeur à l’Ohio State University et auteur principal du rapport.

Pourquoi c’est important

Cette enquête met en lumière une transition rapide des cursus d’informatique, contrainte par l’arrivée de tuteurs IA capables de réussir des exercices standard. Les enseignants déplacent le centre de gravité de la formation, de l’écriture de code vers la compréhension profonde, le débogage et la résolution de problèmes, tout en réinventant les formats d’examen pour évaluer des compétences authentiques plutôt que la capacité à appeler un outil. Elle révèle aussi un paysage de politiques et de pratiques encore fragmenté, avec des établissements allant de l’interdiction de l’IA à son encouragement encadré. Le manque de « best practices » partagées et la demande forte de formation montrent que la prochaine étape se jouera dans l’élaboration de cadres pédagogiques robustes pour intégrer l’IA, sans sacrifier la maîtrise technique ni l’intégrité académique.

Questions fréquentes

Combien d’enseignants ont participé à l’enquête de l’ACM ?

La task force de l’ACM a interrogé 763 enseignants en informatique issus de 49 pays, et environ 500 questionnaires quasi complets ont été analysés.

Quelle part des enseignants a modifié ses examens à cause de l’IA ?

Selon l’étude, 68 % des répondants ont déjà ajusté leurs méthodes de test en réponse à l’essor des outils d’IA de programmation.

Quelles formes d’évaluation gagnent du terrain ?

Les réponses mentionnent plus d’examens surveillés en présentiel, une baisse du poids des devoirs, des oraux, des tests papier et des évaluations par projet.

Quel est le principal sujet d’inquiétude des enseignants ?

La principale préoccupation, citée par 87 % des répondants, est la dépendance croissante des étudiants à la technologie, devant la triche et le plagiat.

Pourquoi le manque de bonnes pratiques est-il un frein ?

Quarante-huit pour cent des répondants identifient l’absence de bonnes pratiques éprouvées pour intégrer l’IA comme le principal obstacle à son adoption en cours.

Source

The Decoder

Auteur

Rédaction IA-Medias

Rédaction spécialisée dans la veille et l'analyse de l'actualité de l'intelligence artificielle, des puces IA, des robots, des agents IA et de la recherche.