Sous pression de Musk et Zuckerberg, Trump renonce à un décret sur la sécurité de l’IA
D'après The Decoder (22 mai 2026 à 13h26)
Résumé
Donald Trump a annulé à la dernière minute la signature d’un décret sur la sécurité de l’IA, après des appels d’Elon Musk, Mark Zuckerberg et de l’ex-conseiller David Sacks. Le texte prévoyait un système volontaire de revue des modèles de pointe, avec un délai de 90 jours avant leur mise sur le marché.
Les faits
Donald Trump a annulé la signature d’un décret présidentiel sur la sécurité de l’intelligence artificielle qui devait être signé un jeudi à la Maison-Blanche. Selon plusieurs médias cités par The Decoder, dont le Washington Post et Politico, cette volte-face est intervenue après une série d’appels téléphoniques d’Elon Musk, de Mark Zuckerberg et de l’ancien conseiller à l’IA et aux cryptomonnaies David Sacks. La Maison-Blanche avait déjà envoyé des invitations aux dirigeants des plus grandes entreprises technologiques, et certains faisaient route vers Washington pour assister à la cérémonie prévue dans le Bureau ovale. Quelques heures avant l’événement, Trump a annulé la signature, expliquant qu’il n’aimait pas le projet et ne voulait pas « faire quoi que ce soit qui pourrait menacer la position de leader de l’Amérique dans la course à l’IA avec la Chine ». Le décret aurait instauré un système volontaire de contrôle des modèles dits « de frontière » : les entreprises d’IA auraient soumis leurs modèles aux agences fédérales jusqu’à 90 jours avant leur lancement, afin que le gouvernement puisse tester des capacités jugées dangereuses et identifier des failles avant qu’elles ne soient exploitées par des pirates ou des acteurs étrangers. Le projet excluait explicitement toute obligation de licence ou d’autorisation préalable par le gouvernement. Cette initiative répondait notamment à l’émergence de nouveaux modèles, comme Mythos d’Anthropic, capables de trouver et exploiter de manière autonome des vulnérabilités de sécurité dans du code, selon le Washington Post. David Sacks avait été briefé sur le projet par le conseiller scientifique Michael Kratsios, le secrétaire général de la Maison-Blanche Will Scharf et le directeur national du cyberespace Sean Cairncross. Dans un premier temps, il avait laissé entendre qu’il pouvait accepter le compromis. Puis, tard dans la soirée de mercredi, il a commencé à exprimer des inquiétudes sur le fait qu’un système volontaire puisse, dans la pratique, devenir obligatoire et être utilisé abusivement par de futures administrations. Jeudi matin, il a appelé Trump directement, sans prévenir ni son équipe ni les autres responsables, et a fait dérailler l’ensemble du processus, rapporte Politico en citant un haut responsable de la Maison-Blanche. Un responsable gouvernemental a déclaré à Axios que tout cet effort était inutile et ne répondait qu’aux demandes des « catastrophistes », un terme utilisé de façon péjorative dans les milieux technologiques pour désigner ceux qui alertent sur des risques existentiels liés aux systèmes d’IA avancés et militent pour des contrôles de sécurité gouvernementaux. Le projet de décret divisait aussi l’industrie : le lobbyiste d’OpenAI, Chris Lehane, le soutenait globalement, selon Politico, tandis que d’autres entreprises plaidaient pour réduire la fenêtre de revue de 90 à 14 jours. Le fait de confier un rôle central au département du Trésor suscitait également des interrogations, les audits de sécurité étant en général conduits par la CISA et le NIST.
Pourquoi c’est important
Cet épisode illustre l’influence directe de quelques grands dirigeants technologiques sur l’orientation de la politique américaine en matière d’IA. Un dispositif de revue, même volontaire, visant les modèles les plus puissants a été abandonné en quelques heures après des appels de Musk, Zuckerberg et Sacks, alors que les invitations pour une cérémonie présidentielle étaient déjà envoyées. La controverse met aussi en lumière les lignes de fracture au sein du secteur : entre acteurs favorables à des garde-fous encadrés par l’État et ceux qui redoutent un glissement vers une régulation contraignante, ainsi que les débats sur le rôle des différentes agences fédérales. La manière dont ce décret a été torpillé pourrait peser sur les futures tentatives de mise en place de mécanismes de sécurité pour les modèles d’IA de frontière, dans un contexte de rivalité technologique avec la Chine.
Questions fréquentes
Que prévoyait le décret sur la sécurité de l’IA abandonné par Trump ?
Il instaurait un système volontaire où les entreprises soumettaient leurs modèles de frontière aux agences fédérales jusqu’à 90 jours avant leur lancement, pour tester les capacités dangereuses et les failles, sans licence ou autorisation obligatoire.
Qui a poussé Trump à annuler le décret sur l’IA ?
Selon le Washington Post et Politico, des appels d’Elon Musk, Mark Zuckerberg et de l’ancien conseiller David Sacks entre mercredi soir et jeudi matin ont pesé dans la décision d’annuler la signature.
Pourquoi David Sacks s’est-il opposé au projet de décret sur l’IA ?
Après avoir d’abord accepté le compromis, il a exprimé la crainte qu’un système de revue volontaire ne devienne en pratique obligatoire et ne soit exploité abusivement par de futures administrations.
Pourquoi le décret sur l’IA divisait-il l’industrie technologique ?
OpenAI, via son lobbyiste Chris Lehane, le soutenait globalement, mais d’autres entreprises voulaient réduire la fenêtre de revue de 90 à 14 jours et s’interrogeaient sur le rôle central confié au département du Trésor.
Que signifie la critique des « catastrophistes » dans ce dossier ?
Un responsable gouvernemental a jugé l’effort inutile et l’a attribué aux « catastrophistes », terme péjoratif désignant ceux qui mettent en avant les risques existentiels de l’IA et réclament des revues de sécurité publiques.
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The DecoderAuteur
Rédaction IA-MediasRédaction spécialisée dans la veille et l'analyse de l'actualité de l'intelligence artificielle, des puces IA, des robots, des agents IA et de la recherche.